[CRITIQUE] « Snowpiercer, Le Transperceneige », réalisé par Bong Joon Ho

Un lundi tranquille, pas de boulot aujourd’hui, personne chez moi. Heureux je vais ouvrir ma boîte au lettre, et j’y découvre une lettre contenant deux invitations pour aller voir un film qui fait fureur en ce moment dans le cœur des cinéphiles: Snowpiercer. Alors sans plus attendre, je file au ciné, car j’attends beaucoup de ce film, et parce que j’apprécie beaucoup Chris Evans, alors c’était sûr que j’allais aimer non?

Snowpiercer

SYNOPSIS: « 2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais… »

Snowpiercer fait parti de ces films que je range dans la catégorie des « films qui ont une super gueule sur le papier, et une bande-annonce époustouflante, mais qui au final sont de gros pétards mouillés ». Car c’est de beaucoup plus qu’une simple déception dont je vais vous parler (car c’est une IMMENSE déception), c’est carrément d’un film que j’ai trouvé affreusement mauvais. Et croyez-moi quand je vous dit que ça me déchire d’écrire ça, vu que j’en attendais beaucoup à la base.

Snowpiercer

Alors qu’est-ce qui a pu me répugner à ce point, pour que j’en vienne à parler de mauvais film alors que celui-ci est encensé par la majorité? C’est tout d’abord à cause d’un cruel manque de rythme, qui agit sur l’oeuvre de Bong Joon Ho comme une gangrène. Au début on s’en soucis pas trop, on se dit que c’est pas trop grave, que ça va passer, et on s’en accommode, mais sur la fin c’est carrément insupportable, et on a hâte que tout s’arrête. Et comment est-ce que l’on stoppe une gangrène? Et bien on coupe, ce que le réalisateur sud-coréen ne fait malheureusement jamais. Il y a cependant une énorme montée en tension durant tout le début du film, toute une ambiance qui s’installe, et qui débouchent sur une scène d’affrontement nerveuse, assez jouissive et ingénieuse, bien qu’un peu frustrante vu son parti pris d’utiliser une violence suggérée là où on attendait un truc un peu crade, qui aurait été en raccord avec l’ambiance installée. Le film se lance enfin, mais se vautre dans la séquence suivante, et continue de se vautrer jusqu’à la toute fin. La suite de Snowpiercer, ce n’est que grosses ficelles narratives qui ne permettent pas à des thèmes pourtant forts et intelligents de se faire ressentir, c’est des ruptures d’ambiances et de tons trop brusques et trop nombreuses, qui ont pour conséquence que le film en perd son identité, et peine à rester crédible, et c’est une histoire complètement grotesque qui manque de cohérence, et se laisse dépasser par sa (trop?) grande ambition.

Mais le plus dommage dans tout ce bazar, c’est que le film possède quand même une mise en scène élégante et inspirée, démontrant une patte artistique indéniable, visuellement bluffante (à l’exception des effets spéciaux, qui laissent souvent à désirer), mais qui ne semble jamais être utilisée à son maximum. On voit passer les décors trop rapidement, car dans sa lenteur le film essaie quand même d’aller vite, ce qui est un peu paradoxal, alors qu’on a envie de les explorer un peu plus, et c’est ce qui donne cette mauvaise impression que le scénario ne fait qu’effleurer ses sous-thèmes, sans les creuser assez pour qu’ils viennent nous frapper et nous coller à nos sièges. Néanmoins, on pourra couvrir Chris Evans de louanges, puisqu’il campe son personnage avec énormément de charisme, et l’anime avec une volonté plus qu’admirable, comme tout le reste du casting à qui il serait difficile de faire des reproches. Si seulement cela avait pu être suffisant…

Snowpiercer

EN CONCLUSION

En plus d’avoir jeté un grand froid sur le monde, Snowpiercer a également jeté un grand froid sur toutes mes attentes, et les a brisé d’un grand coup de marteau. Cela va donc au-delà de la simple déception, puisque c’est selon moi un immense gâchis d’idées pourtant ingénieuses, à peine effleurées pour céder la place à une histoire qui multiplie les facilités, et accumule les retournements de situations et les révélations grotesques. Dépassé par son ambition, Bong Joon Ho nous livre un film sans âme, sans identité, et sans émotions. Un beau spectacle, porté par un Chris Evans en grande forme, mais malheureusement très dispensable.

1,5 étoile

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11 réflexions sur “[CRITIQUE] « Snowpiercer, Le Transperceneige », réalisé par Bong Joon Ho

  1. Pour le coup mon avis est à l’opposé du tiens ! ^^ D’ailleurs y a deux trois points que j’ai pas compris :(
    « un film sans âme, sans identité, et sans émotions. » Ah non quand même ! Le film a quand même une identité trèèèès marquée, à mi-chemin entre l’intelligence coréenne et la SF US des 80’/90′. Notamment parce que Bong Joon-ho est, et restera un réalisateur à part (suffit de voir ses précédents films!) mais aussi parce que le scénario, à la base, en plus de procurer une réflexion juste Magistrale, va à l’encontre de tous les clichés de ses homologues américains : pas de pitié pour les personnages, pas de pitié pour le manichéisme.

    « c’est des ruptures d’ambiances et de tons trop brusques et trop nombreuses » / « et peine à rester crédible » / « ce n’est que grosses ficelles narratives » -> Voilà, je pense que c’est là que tu es passé à côté d’un truc important du film : c’est qu’il n’a jamais eu pour ambition d’être crédible ou cohérent. On sait tous qu’un train comme ça, ça n’existera jamais. On sait tous qu’une salle de classe toute rose comme ça, ça n’existera jamais. Mais justement, c’est tout le but du film ! Tout a un sens, tout a une signification si tu fais le parallèle avec notre Monde réel. Quand tu parles de ruptures d’ambiance, j’imagine que tu parles de l’école « rose bonbon », qui renvoi directement aux « rêves de grandeur ». On apprend à ses gosses à désirer l’avant du train, et à rejeter l’arrière. Le rose, c’est l’innocence, quelque chose que l’arrière du train a perdu depuis trop longtemps d’où la rupture d’ambiance. Enfin bref, c’était juste pour illustrer ce que je voulais dire ^^ C’est à dire que Snowpiercer est un film sur lequel il faut réfléchir en même temps qu’on le regarde. De mon côté, c’est pour ça que je le trouve quasi-parfait, c’est tout simplement que quand tu te rends compte de l’intelligence de chaque chose (jusqu’à l’absence quasi-totale de sang, oui, ça a un sens!) qu’il y a dans Snowpiercer dès les premières minutes du film (la chaussure Nike sur la tête du mec, l’utilisation des bidons, l’absence de balles), au final tout fini par s’éclaircir. Et cette fin ! Mon Dieu cette fin, le gros point d’orgue qui tire une conclusion sur l’humanité, sur l’homme, son existence, ses ambitions et ses rêves de fortune, sur le pouvoir, la politique, la propagande, le totalitarisme, le socialisme, d’une façon d’un pessimisme rare. En 2h, Snowpiercer dit plus de choses que cinquante productions US réunies, car en plus de poser les questions qu’il faut, il y répond de sublime manière !

    Enfin bref, juste pour dire que je suis ultra-fan du film, qui prouve encore une fois que le modèle du blockbuster US est complètement dépassé, et qu’on peut encore dire des choses avec des films passionnants !

    Tiens, si tu ne les a pas vu, je te conseille les précédents films de Bong Joon-ho, à commencer par Memories of Murder ^^

    • Je me doutais que tu allais réagir, vu ta critique ultra-positive ^^ mais je suis d’accord sur le fait que le sous-texte est hallucinant, qu’il est super intelligent, etc. Mais je l’ai pas trouvé assez « frappant ». Pour moi le truc n’avait pas assez de force pour que ça me permette d’apprécier le film dans son ensemble. Après j’ai bien compris qu’il n’avait pas pour but d’être cohérent, sauf que pendant tout le début du film il essaie de nous faire croire le contraire. C’est cette rupture entre ton sérieux et grotesque qui m’a vraiment dérangé, et à laquelle j’ai jamais pu me faire, ainsi qu’à tout ces changements de tons et d’ambiances entre chaque wagon. C’était une bonne idée, mais pas assez étirée/utilisée pour être vraiment convaincante, et c’est en ça que j’ai trouvé le film insipide :/ Et justement, la fin pour moi c’est le pire… à partir du dialogue entre les deux personnages devant la dernière porte, j’ai commencé à rire, mais pas pour de bonnes raisons.
      Après, comme tous les films que je déteste à ce point quand je les découvre au ciné, je ne m’arrête pas à un seul visionnage, et je compte lui relaisser une seconde chance, mais j’ai comme l’impression que ce film va être victime de ce que j’appelle « L’effet Le Labyrinthe de Pan », et que j’aurai toujours un blocage.

      • Tiens, au faites, tu l’as vu en VO ? ^^

        Sinon, c’est sur que le mélange des genres, c’est typiquement coréen. Je suis habitué de mon côté (c’est l’un de mes cinéma préféré), mais peut-être que ton blocage est du à ça !
        De toute façon, le film divise.énormément, quoi qu’on en dise. Et on pourra débattre des heures dessus, car ceux qui n’aiment pas ont soit fait un blocage comme toi, soit n’ont rien compris au film ^^ (je me marre à lire les 0.5/5 sur Allociné, un peu comme à l’époque de Cosmopolis ou Spring Breakers – ah tiens !)

        Dis toi que contrairement à toi, j’étais tout tremblant à la fin (toute la scène), à partir justement de la discussion de Sang Kang-ho et Chris Evans devant la porte. Un frisson que j’avais pas ressenti depuis le final de Melancholia !

      • Non malheureusement j’ai du me le cogner en VF :( c’est ça de vivre en province…
        Oui je peux tout à fait reconnaître que mon blocage vient peut-être de ma méconnaissance du cinéma Coréen (mais pourtant j’adore Old Boy et J’ai Rencontré le Diable, tout comme j’ai adoré le passage américain de Park Chan Wook avec Stoker). Après j’ai pas non plus vu les autres films du réal, c’est peut-être finalement son style qui m’a déplu.

        Ahah c’est sûr que les avis sur Allociné sont souvent très très risible, je ne perds même plus mon temps à les lire (depuis Spring Breakers puisqu’on en parle, où j’ai lu des choses que j’aurai crues possibles ^^)

        Après peut-être que c’est aussi à cause de la VF que ce passage m’a paru risible. C’est pour toutes ses raisons que je ne m’arrête pas à un seul visionnage, mais j’étais bien obligé de donner mon avis d’après mes connaissances et mon ressenti actuel! :)

      • Bien entendu ^^

        Park Chan-wook c’est un peu différent. Kim Jee-woon aussi, même si c’est seulement vrai pour A Bittersweet Life, J’ai rencontré le diable et Le Dernier Rempart.

        En faites, les films de Bong Joon-ho sont parmi les seuls qui s’exportent vraiment bien qui se rapprochent le plus du cinéma qui fait la une en Corée : un sujet sérieux traité avec burlesque / humour / satire. Et généralement c’est très foutraque, mais c’est un style particulier. Mais je te le reconseille, tente « Memories of Murder », c’est vraiment l’apogée de ce genre de cinéma, d’une noirceur impressionnante en restant très drôle.

        Pour la VF, j’ai la chance d’avoir déménagé depuis peu et de pouvoir voir la majorité de mes films en VO ^^ (j’étais aussi en province avant…). C’est fou comme ça change la vie!

  2. Je ne trouve pas que le film manque de rythme (sauf sur la fin, un peu trop bavarde), au contraire c’est assez bien mené, avec des séquences d’actions assez régulière qui viennent redynamiser l’histoire. Le scénar n’est pas exceptionnel effectivement, mais pour une fois il n’est pas con. Et le film ne se veut pas non plus philosophique, donc du coup ça ne m’a pas gêné que les thèmes abordés ne soient pas développés en profondeur.
    La violence suggérée m’a étonné aussi au début, mais finalement Bong Joon Ho s’en tire bien avec cette contrainte qui lui a surement été imposée. Il évoque plutôt bien l’importance de cette violence, qui monte de plus en plus au fur et à mesure du film.
    Et puis ce que j’ai apprécié avant tout, c’est les changements réguliers de style, d’ambiance. Bong Joon Ho s’éclate et ça se voit. Du bon cinoche !

    • Justement, ces scènes d’action font monter la tension, mais je trouve que celle-ci s’écroule une fois les affrontements terminés. Après on en revient au fait que le cinéma reste toujours une question de perception, vu qu’en fait tout ce que tu as apprécié m’a déplu ^^

    • « Et le film ne se veut pas non plus philosophique, donc du coup ça ne m’a pas gêné que les thèmes abordés ne soient pas développés en profondeur. » -> Bah si justement le film est QUE philosophique, c’est une allégorie de 2h ! :D

  3. J’avais trouvé The Host déjà particulièrement mauvais. Le trailer de celui-ci m’avait paru affreux.
    Conclusion: si je n’avais déjà aucune envie d’aller voir ce truc, ton article me conforte dans ma position.

  4. Et pourtant mes amis, et pourtant. Je n’avais pas non plus aimé The Host d’ailleurs. Mais ce film… Désolé Aymeric mais Spring Breakers n’est plus mon film de 2013, il est passé en 2e place. Snowpiercer lui a piqué la place et genre de loin !
    Nan mais quel chef d’œuvre, j’ai été subjugué du début à la fin, avec une gestion du rythme parfaite, entre une action déchainée, du burlesque glaçant, de l’intimiste, de la contemplation, de la réflexion constante, de l’allégorie infinie. Ça doit être ma plus grosse claque ciné depuis un bail. J’ai argumenté tout ça dans ma dernière critique : http://bit.ly/1eVNhrA Tu es passé à côté j’ai l’impression !

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