James Franco s’exprime sur Spring Breakers: « Un rêve fiévreux ».

Si vous lisez ce blog régulièrement, j’en déduis que vous avez compris depuis pas mal de temps que j’étais un immense fan du dernier film d’Harmony Korine, Spring Breakers, sorti en Mars dernier sur nos écrans, un film encensé par la critique (US et Française) mais étrangement détesté par le grand public, et qui divise énormément au sein de la communauté cinéphile. Les avis très positifs se font même de plus en plus rares, mais les débats sur celui-ci continuent encore, huit mois après sa sortie (ce qui est pour moi une preuve évidente de sa richesse sous-jacente).

Spring Breakers

Hier, James Franco s’est exprimé sur le site « VICE » à propos de son personnage, Alien, et sur le film, qu’il défend… à sa manière, de la même façon un peu insolente et arrogante que son personnage dans le film. Je prends donc la liberté de vous traduire ce qu’il a écrit, et de commenter, car Spring Breakers sera pour toujours un film qui me passionne, et même si le ton pris dans l’article n’est pour moi pas la meilleure façon de rendre hommage au film, je trouve cela intéressant de le partager avec vous!

« On arrive à un point de non retour, et je vais vous dire pourquoi: Parce qu’il n’y aura jamais un film ou un personnage plus important pour sa génération que Spring Breakers, et son protagoniste: Alien. Comme me le disait l’ami d’Harmony Korine Werner Herzog durant une conversation au téléphone -J’étais sorti alors que j’étais en Caroline du Nord, assis dans un petit restaurant Mexicain appelé « Cocula » que je fréquente pendant mes pauses repas du programme d’écriture MFA dans la basse résidence du Warren Wilson College, regardant par la fenêtre, que je dégivrais avec une carte du Mexique, qui donne sur un champ sale de l’autre côté de la chaussée- Il m’a dit que ma performance dans le film faisait passer De Niro dans Taxi Driver pour un prof de maternelle (le mot à la base était « Kindergartener », que j’ai eu quelques difficultés à traduire, mais l’idée est là), et que le film était le film le plus important de la décennie. Imaginez ça avec un accent allemand distingué: « Dans trois cent ans, quand les gens voudront se remémorer cette époque, ils ne regarderont pas le discours d’inauguration d’Obama, ils regarderont Spring Breakers. »

Cette intro m’emmène à parler du côté générationnel de Spring Breakers, qui en est bel et bien un. Est-ce pour ça que le film est tant détesté? C’est en effet un début de réponse. Car si le film s’adresse à la génération actuelle (donc la mienne, car pour rappel je n’ai que 21 ans) c’est pour lui montrer à quel point elle est laide, à quel point elle se repose uniquement sur des rêves superficiels (devenus une sorte de culture, il suffit d’allumer MTV ou NRJ12 et de voir les émissions de télé-réalités qui cartonnent pour s’en rendre compte), et à quel point elle peut apparaître insupportable quand elle est montrée sous son vrai jour, soit, dans le film, pendant le Spring Break, où « tout est permis ». Et désolé si mes propos paraissent un peu définitifs, mais prétendre le contraire ce serait faire preuve d’une immense mauvaise foi. Donc forcément, la jeunesse actuelle ne va pas aimer se voir moquer dans un film, surtout quand elle est montrée comme totalement vide d’intérêts, et les générations précédentes resteront sans doute en incompréhension face à un tel spectacle, qui leur échappe en tout point, et auquel ils n’ont pas envie de prêter attention. Mais attention, je n’ai pas pour intention d’être condescendant dans cette dernière phrase, je ne suis pas en train de dire que si l’on aime pas le film c’est que l’on est soit un jeune de mauvaise foi, soit un vieux con qui n’a rien compris, mais fort malheureusement, je pense qu’il y a une part de vérité là-dedans, même si elle reste très certainement infime.

« Je ne peux m’approprier aucun mérite pour Alien. C’est une création d’Harmony. Comme il le dit, Alien est un gangster mystique. Un clown, un tueur, un séducteur: l’esprit de l’âge. Riff Raff veut s’approprier le mérite de cette création, mais ce serait la simplifier. C’est comme Neal Cassady demandant réclamation pour le Dean Moriarty de Jack Kerouac, ce qui n’est pas une super comparaison puisque Kerouac écrivait de façon littéralement transparente à propos de Neal. Alien sape tout. C’est un gangster qui fait une gorge profonde avec des armes automatiques aussi bien que Linda Lovelace. C’est le Gourou de l’âge. Il est la représentation de ce que tu obtiens quand tu possèdes toutes les foutues choses matérielles que tu as toujours voulu posséder, pour que finalement tu te rendes compte qu’aucune d’elle n’a d’utilité. Alors tu t’en fabrique. « Allons-y little bitches, venez à moi, little bitches… Nous n’avons pas créé ce monstre sensible, vous l’avez fait. Regardez toute la merde qu’il possède, c’est tout ce que vous voulez vous offrir, ce pourquoi vous travaillez, pour vous-même. »

J’aime beaucoup ce passage, car il montre l’amour d’un acteur pour un personnage qu’on lui a offert, et c’est rare de voir et de lire ça, surtout quand le film en question date de déjà huit mois, et qu’il n’est donc plus au cœur de l’actualité. Il en profite pour revenir sur la polémique lancée par le rappeur Riff Raff, au look assez proche de celui d’Alien (et encore, pas tellement), qui voulait porter plainte contre Harmony Korine pour s’être inspiré de lui. Ce qui est bien évidemment faux, puisque Alien est un mélange de plusieurs gangsters/rappeurs américains, qui ont été cités d’ailleurs, et en aucun cas basé uniquement sur Riff Raff, qui n’a du y voir là qu’une minable ouverture pour un coup de pub complètement raté.

Spring breakers

Alors qu’est-ce que le « Spring Break » aujourd’hui? Dans le film ce ne sont pas les fêtes sponsorisées par MTV qui prennent place et infectent plusieurs plages tout autour du continent Américain, même si cette version du Spring Break est évoquée pour son imagerie. Dans ce film, le Spring Break est un échappatoire, Spring Break signifie qu’on est tous des stars dans nos propres vidéos iPhone, Spring Break signifie que toutes les inhibitions telles que nous les connaissons sont remplacées par des drogues copieuses et de la jeune chair fraîche.

Le film est comme la musique trance, mais sous forme de film. Il est liquide. Les scènes coulent les unes sur les autres. Une scène va débuter, et alors l’image va passer vers une autre scène, parfois dans le passé, à d’autres moments dans le futur, pendant que l’audio de la scène initiale continue de se faire entendre. Les autres répétitions de temps sont utilisées comme dispositif narratif. (Là je vais vous éviter de sur-traduire, ou de mal le faire car il utilise des mots techniques assez compliqués que j’arrive pas à traduire, mais en gros il explique ce sur quoi il a travaillé pour donner à Alien sa manière de parler, qui berce le film et qui participe énormément au côté hypnotique du film, une utilisation dérivée de hiphop contemporain qui mange des syllabes, etc, qui est propre au sud. La façon dont il répète « Sppprrrrrrriiiiiiinnnnnngggggg Brrrreeeeeeeeaaaaaak », encore et encore, émane plus du fond de la gorge (et il fait un jeu de mot avec deep-throat « gorge profonde ») pour donner ce ton du sud.). Il conclut par: « Cette intonation, répétée et répétée comme un mantra, devient hypnotique, et comme chaque critique l’a dit, dans un abus sans précédent de cette phrase descriptive: Nous plonge dans un rêve fiévreux de sexe, violence et matérialisme. »

Là dessus il n’y a rien que je pourrai dire de vraiment intéressant, mais je peux néanmoins couvrir Franco d’éloges qu’il mérite amplement vu sa prestation démentielle dans le film, et ce petit paragraphe technique sur la façon dont il a développé la manière de parler d’Alien prouve une nouvelle fois que Spring Breakers est à voir EN VO! Regarder ce film en VF, c’est tout simplement le violer, violer tout le jeu et le travail d’acteur fournis. Il est même limite plus acceptable de regarder le film sans le son, avec les sous-titres, qu’avec cette hideuse version française.

On en rêve, et ce serait franchement mérité!

On en rêve, et ce serait franchement mérité!

Harmony a jeté d’autres choses dans le mélange: the ATL Twins (les jumeaux) et Dangeruss, un rappeur local de St. Petersburg en Floride, où le film était tourné. Et bien sûr, Gucci Mane. Le réal et le synthétique tous mixés dans ce pot: Démons et anges qui se mélangent. La bouillabaisse est définie par les pôles divergents de Britney Spears et Gucci Mane, réunis par la base du mixe de son de Skrillex et de Cliff Martinez. C’est ce que tout est en fin de compte, un remix.

Bon là je vais être honnête, j’ai pas réellement compris ce qu’il voulait dire. Ou alors c’est que j’ai mal traduit, ce qui est tout à fait possible, puisque je ne suis pas non plus très calé en termes techniques musicaux. Néanmoins j’approuve que la BO de Spring Breakers est pour l’instant la meilleure soundtrack de l’année, et j’ai remarqué que c’est bien la seule chose qui met les gens d’accords à propos du film.

Certains fils de putes disent qu’ils sont déprimés par le film à cause de la façon dont il dépeint notre époque, ce sont les fils de putes qui trouvent des intérêts dans la façon dont notre époque à nous est représentée, ces mêmes fils de putes dans le business du divertissement qui veulent en présenter la version propre et polie, hétéro-normée, nerds, sportive, au style de vie où les blancs gagnent. Et bien, voici le film qui montre les blancs, les blancs privilégiés, se servir de la culture noire, de la culture Youtube, de toutes les cultures qui correspondent à leur besoin de se divertir eux-mêmes, de faire d’eux-mêmes des stars dans leurs esprits et dans ceux de leurs proches. C’est la réalité, c’est Instagram. 

Voilà donc un passage assez virulent, mais qui rejoint finalement ce que je disais tout à l’heure par rapport au fait que le film est étrangement mal-aimé. Le film n’est pas aimé car il dérange, car il montre des choses que l’on sait vraies mais que l’on refuse de s’avouer.

Les jeunes étaient un peu choqués aussi. Ils pensaient qu’ils allaient voir un film de Selena Gomez? Désolé, connards, c’est pas High School Musical. C’est pas une joyeuse comédie bruyante pour les jeunes. C’est le film qui prend tout ces trucs qui composent vos musiques, vos vidéos, et votre mode de vie social sur le net, et qui les utilise contre vous. Mais ce n’est pas juste une critique, little bitches. C’est aussi une célébration. C’est pourquoi Selena et tout le gang sont dans le film. Bien sûr ce sont des jeunes actrices très talentueuses, mais elles incarnent aussi l’époque, leurs légendes les suivent dans le cadre diégétique du film, coloration de tout ce qu’elles font comme la brume d’un méta-commentaire qui dirait constamment: « Ce que vous regardez est extrême, mais tout est dans le sous-texte bitches. A chaque fois que vous regardez Britney Spears ou n’importe qu’elle progéniture de son courant qui se trémousse en petite tenue, qui s’enroule autour de corps d’inconnus transpirants, le message c’est juste ça: « Baise, baise, baise, suce, suce, suce, violence, matérialisme, drogues, drogues, drogues, vis vite, ne meurs jamais car tu vivras au travers d’une légende Facebook, spring break, spring break, spring break pour toujours! »

Ce que je vais dire n’a pas tellement grand chose à voir, mais il faut bien sûr parler de la promotion du film. Car au delà de l’expérience sensorielle que propose le film, je pense que cela va beaucoup plus loin, et que l’un des buts du film était de voir la réaction d’un large public (car n’oublions pas que le film a été un immense succès commercial, surtout aux Etats-Unis où il a battu le record du nombre d’entrées pour un film classé Rated R) pas du tout habitué à ce genre de films, qui demandent un recul sur soi-même, et qui proposent une réflexion au lieu d’un bête divertissement. Mais si le film est mal-aimé par les plus jeunes, c’est parce qu’il leur a été vendu comme un film qu’il n’était pas, comme une sorte de Projet X à la plage. Alors oui, les mauvais retours, ils les ont un peu cherchés aussi. Mais ce qui est quand même très drôle, c’est de voir à quel point ça a marché! Comme le dit Franco dans son texte en quelque sorte « tout ce que vous aimez, utilisé contre vous« . C’est aussi là qu’on se rend vraiment compte de tout le génie que renferme le film.

spring breakers

Vous voulez une histoire? Fuck l’histoire. Plus personne ne veut d’histoires de nos jours. Les gens veulent des expériences. La musique est l’intermédiaire de l’âme, non? La musique Pop est tout en surface, sans aucune substance vous dites?  N’est-ce pas là la définition de notre époque? On joue aux jeux vidéo jusqu’à la nausée, pourquoi? Pas pour les histoires (même si certains jeux comme Grand Theft Auto sont connus pour leur complexité, à multi-chemins et leur narration libre et ouverte); on joue pour l’expérience. Voici un film qui attire l’attention. Laissez-vous tenter et allez y faire un tour little bitches, laissez-le vous emporter.

Et j’ajouterai simplement à ça, avant de laisser notre ami James Franco conclure (car je trouve sa conclusion parfaite) pour vous montrer à quel point ce qui est dit dans le paragraphe ci-dessus est véridique, et même prouvé, que le film le plus acclamé cette année, et l’un des plus gros succès également, porte le nom de… Gravity.

Le visuel? Néon, bitch. Néon, palmiers, plages, nichons, et boîtes de striptease. La Floride, motherfuckers. Tout ça emballé par Benoit Debie, le cinématographe de longue date de Gaspar Noe (Quand Harmony lui a parlé du projet pour la première fois, il a dit qu’il voulait un clip-de-Britney-Spears-rencontre-un-film-de-Gaspar-Noe, et c’est ce qu’il a fait.)

Comment tout s’est mélangé? Harmony. Harmony a tout mis en harmonie. Vingt ans après Kids, il a fait suivre son premier film dans l’esprit du temps avec le nouveau portrait d’une époque. Si Kids était néo-réaliste, Spring Breakers est le néo-réalisme de l’ère Facebook, haché, vissé et digitalisé. Là où The Social Network était un film à propos d’argent, d’accords, d’avidité, de traîtrise, et de l’affaire devant le tribunal -soit tout sauf sur la technologie qui définie la nouvelle façon qu’ont les jeunes de se sociabiliser- Spring Breakers est l’incarnation d’un tel engagement technologique. C’est tout ce que nous sommes aujourd’hui. Soyez les bienvenus. 

Source: http://m.vice.com/read/spring-break-a-fever-dream

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7 réflexions sur “James Franco s’exprime sur Spring Breakers: « Un rêve fiévreux ».

  1. Alors là : bravo, bravo, bravo. Comment j’ai pu rater ce blog ! Un blog consacré à MON film de 2013 qui, trône, toujours en numéro 1. Une claque graphique ET méta sur ma génération (je n’ai, aussi, que 24 ans). Un fond, une forme, comment t’étonnes tu que personne n’aies aimé ? Korine a balancé des bandes annonces pour tous les attirer (ho le vilain) afin de les foutre devant leurs contradictions. Ce génie ! Alors ouais, ils ont pas apprécié. Ils ont surtout rien compris. Pas qu’eux d’ailleurs, même les plus grands, même les cinéphiles, j’ai l’impression que personne n’a compris, c’est dingue. J’en ai même fait une critique (surement ma meilleure d’ailleurs), que tu vas kiffer à mort : http://passionemablog.wordpress.com/2013/07/30/spring-breakers/

    Boum, toi je te fous direct dans mes favoris. Et au passage : ta bannière est super classe. Bref, tu vas me revoir ! Et dis moi quoi pour ma critique, ça m’intéresse.

    • Merci beaucoup, un tel enthousiasme fait vraiment plaisir à lire! Et je suis bien content de voir que je ne suis pas le seul à considérer Spring Breakers comme un immense chef d’oeuvre, et comme le meilleur film de l’année!
      J’ai commenté ta critique, que j’ai adoré effectivement, et j’ai bien l’intention de suivre ton blog également!
      Au plaisir ;)

  2. Cinéphile, vraiment écclectique, et plutôt du genre à toujours voir le positif dans un film et oublier le négatif. J’ai 30 ans. Je suis plutôt d’accord avec tes critiques ciné… Ce qui m’étonne au vu du nom de ton blog et de ta critique de Spring breakers évidemment…
    J’aimerai apporter un bémol. Demander à ceux qui adorent le film de faire un peu d’introspection. Pourquoi ce film vous plait ? Qu’est ce que vous y trouvez qui vous transcende ?
    Je fais partie de ceux qui ont apprécié une partie du film (pour moi c’est un excellent clip musical). J’adore aussi James Franco, surtout dans ce film. Quelques scènes sont très bien tournées (lumière, plan caméra, musique). Mais la narration, le scénario, les dialogues proches du néant, ont dégagé en moi un ENNUI véritable, et il m’a fallu ma volonté de cinéphile pour aller au bout de ces 92 minutes.
    J’aimerais rappeler 3 choses simples :
    1/ Un film qui ne plait pas peut tout simplement être un film ennuyeux, qui ne touche pas les gens… (et pas une histoire d’incompréhension…)
    2/ Dépeindre une génération (quelle qu’elle soit) sans vraie histoire de fond n’a pas vraiment d’intérêt dans une salle de cinéma, mais plutôt dans une galerie d’art, une expo photo.
    3/ Le fait qu’un film fasse débat ne veut pas dire que c’est un film ultra intéressant ! Ou encore faudrait il des avis partagés à 50/50 : là on serait en droit de se poser la question : mais pourquoi ce film divise autant ? Mais là c’est une petite minorité qui apprécie le film ! Et on trouvera toujours une petite minorité qui aimera n’importe quel film… Et cette minorité trouvera évidemment du génie au film, là où la grande majorité trouvera de l’ennui… Et la minorité considérera évidemment la grande majorité comme des cul-terreux n’ayant rien compris… C’est un classique du faux-débat cinématographique…

    Soyons clairs, il n’ y a pas de débat autour de springbreakers. Car tout le monde (fans ou déçus) concédera qu’il a une esthétique particulière… et qu’il n’y a pas de véritable histoire. Mais il y a juste des gens qui aiment et d’autres qui s’ennuient. Rien de bien transcendant donc.

    • Bonsoir, ravis de voir un avis construit sur le film en tout cas!

      Je pense que tu fais allusion à mon premier paragraphe, dans lequel j’attaque de façon virulente certains avis sur le film. Mais comme je le disais, je ne voulais pas être condescendant, je n’en fais pas une généralité, mais j’ai bel et bien eu affaire à de telles manières de penser durant certains débats! Comme par exemple une jeune adolescente qui n’avait rien compris au film, et qui le qualifiait de film pornographique trop éloigné de la réalité, mais qui s’affichait en photo de profil la poitrine bien en évidence et apparente. Ou encore un gars proche de la quarantaine qui était répugné par le film, car il déteste la jeunesse d’aujourd’hui, sans même prendre la peine d’essayer de la comprendre. Et même quelqu’un qui a réalisé qu’il avait pas compris le film, mais qui continuait, en tout impunité, de prétendre que parce que cela ne rejoignait pas son premier avis erroné, c’était nul. C’est aussi un sentiment de ras le bol qui est à l’origine de mes propos.

      De mon côté, c’est cette mise en scène qui transcende une histoire simple qui m’a énormément touché (beaucoup de films ont des histoires très très simples, Gravity comme cité dans l’article en est un bel exemple). D’autant plus que le film montre des choses qui me parlent, j’ai grandi avec MTV, j’ai grandi avec Selena Gomez et les chansons de Britney Spears, j’ai grandi avec la même vision de la vie et les mêmes rêves superficiels que ces quatre jeunes filles. Il y a aussi cela qui entre en jeu, se reconnaître dans les personnages. Et j’ai trouvé ça extraordinaire la façon qu’à Korine de faire de ce conte, car pour moi c’est un conte, quelque chose de macabre et de désenchanté, quelque chose qui montre réellement et qui brise toutes les chose que l’on aime pour montrer ce qu’elles nous cachent et refusent de nous montrer, pour que l’on reste scotchés à toute la superficialité que l’on nous vend. C’est ça aujourd’hui, la jeunesse ne fait que consommer, et consommer.

      Je suis tout à fait capable d’accepter et de comprendre un avis négatif, du moment qu’il est construit et argumenté, ce qui est TRÈS rare concernant ce film, tout comme je comprends parfaitement que le film puisse ne pas toucher certaines personnes et les ennuyer, comme cela semble être le cas pour toi! Mais Spring Breakers est bel et bien un film intéressant, qui fait toujours débat, et qui contrairement à ce que tu crois, divise de façon assez équitable au sein de la communauté cinéphile. C’est même ça qui fait qu’aujourd’hui encore, on en parle! Je fréquente beaucoup de réseaux sociaux cinéphiles, et Spring Breakers revient souvent au cœur des débats. Il n’y a que sur Allociné que les avis négatifs sont majoritaires, car c’est un site ouvert au grand public, et qu’à la base le film a aussi été vendu, à tort, au grand public, mais je reste persuadé, et là encore je ne veux pas être condescendant, que le grand public n’est pas capable d’apprécier une oeuvre comme celle-ci (le grand public vient au cinéma pour se divertir, pas pour réfléchir), qui propose une véritable réflexion, et qui fait un portrait acerbe de la jeunesse actuelle, et dont les clés de compréhension résident dans des connaissances en matière de cinéma et de techniques cinématographiques que tout le monde n’a pas forcément. Le meilleur exemple c’est le tout premier film d’Harmony Korine, Gummo, qui est quand même un film culte du cinéma indépendant américain. Si on projetait ce film à toutes les personnes qui sont allées voir Spring Breakers sur le seul prétexte de sa promo et de son casting, là aussi le film se ferait descendre par tout le monde. C’est peut-être un peu prétentieux de dire ça, mais certains films ne peuvent pas être vus par tout le monde. Et je pense que c’est pareil dans tous les arts. Jamais par exemple je n’irai critiquer telle peinture ou telle musique qui est en dehors des conventions, et plus complexe que ce à quoi je suis habitué, car je n’ai pas les connaissances et les clés nécessaires pour les comprendre et en parler.

      Mais si jamais tu veux plus de détails sur mon avis concernant Spring Breakers, je te propose d’en lire ma critique complète, que je n’ai pas postée ici: http://cineclubmovies.wordpress.com/2013/03/07/spring-breakers-realise-par-harmony-korine-par-aymeric-l/

      Au plaisir ;)

  3. Je trouve ton argumentaire très intéressant. Je suis en accord avec tes deux premiers paragraphes.
    (Même si pour moi montrer des jeunes qui boivent, baisent, se droguent et braquent, c’est maché et remâché au cinéma : rien de novateur…)
    Mais contrairement à toi, je pense que l’art (l’art pur en quelque sorte) est accessible à tout le monde. S’en est même le principe fondateur. Tout le monde doit pouvoir voir (ou entendre ou sentir ou gouter) la beauté, même sans « éducation », car l’art fait certes réfléchir certains, mais doit toucher tout le monde.
    Tout le monde appréciera les qualités gustatives des plats d’un grand chef, tout le monde comprendra le génie de Beethoven, pas besoin de savoir si c’est de la sauge ou du romarin, pas besoin de savoir si il y a 18 violons et si c’est le 4ème mouvement de la symphonie pour ça.
    L’art touche au coeur, on aime ou pas. On peut mieux comprendre une peinture après avoir eu des informations dessus, trouver ça plus intéressant… Mais cela va t’il te faire plus aimer le style, le graphisme de la peinture pour autant ??? Evidemment, non. Il est des choses qui ne s’expliquent pas, et que l’on fait ressortir du plus profond de nous. C’est l’essence même des artistes : montrer par un art (musique, peinture…) ce qu’ils ont dans le coeur. Pas besoin d’explication.
    L’analphabète comme le génie trouveront toujours un coucher de soleil magnifique…
    Il n’y a donc pas de grand ni de petit public.
    Et quoi qu’on en dise, (et comme tu le dis toi même) c’est condescendant (et il faut l’assumer) d’en parler en ces termes…

    Au plaisir aussi !

    • Je ne dis pas que la représentation que le film fait de la jeunesse est novatrice, ce que je trouve novateur dans le film, c’est la façon dont il a été fait. Une telle esthétique, une telle place accordée à la musique qui devient carrément la base du rythme du film, et la subtilité avec laquelle celui-ci s’enfonce dans la noirceur, en entrant dans un ton complètement à l’opposé de celui qu’il propose en début de film, dans une sorte de continuité assez troublante, pour moi c’était du jamais vu! Et ce film a quelque chose de très addictif, un vrai côté hypnotique, qui m’a quand même poussé à le voir 12 fois depuis sa sortie en salles (dont 3 fois au cinéma) sans éprouver le moindre sentiment de lassitude.
      Pour en revenir à l’art, oui je reconnais et j’assume volontiers que lorsque je dis que certains films ne peuvent pas être vus par tout le monde, je suis un peu condescendant, mais je le pense même en ce qui me concerne. Y’a des films auxquels je ne m’attaque pas maintenant, car je ne me sens pas capable de les comprendre ou de les voir de la façon dont ils devraient être vus. Exemple, le Cosmopolis de Cronenberg, auquel je n’ai absolument rien compris, du début à la fin. Mais du coup j’en parle pas, ou alors, je dis simplement que je n’ai pas compris le film (et j’ai l’impression que beaucoup n’osent pas avouer qu’ils ont pas compris tel ou tel film, je ne parle pas forcément de Spring Breakers, de peur de passer pour des idiots). J’ai découvert que très récemment 2001: L’Odyssée de l’Espace, et je reste persuadé que si je l’avais vu 4 ou 5 ans plus tôt, je ne l’aurai pas aimé, car j’aurai manqué de sensibilité cinématographique, notamment concernant la technique. Et cette sensibilité, pour moi, elle s’acquiert par une culture riche et éclectique de l’art en question. Et Spring Breakers est aussi un film très technique, et je pense que c’est ça qui lui a valut bon nombre de critiques élogieuses de la part de la presse, et encore une fois, dans certains débats, j’ai vu pas mal de commentaires disant « la technique ce n’est pas ce que je recherche, ou ce que je regarde, dans un film », mais de mon point de vue, c’est quelque chose de primordial. Tout comme la patte du peintre, ou le timbre de voix de tel ou tel chanteur, ou les sonorités de tel ou tel compositeur. Sans ça, l’oeuvre ne peut pas exister, donc elle se doit d’être prise en compte et jugée, qu’on y soit sensible ou non :)

  4. « Cette intro m’emmène à parler du côté générationnel de Spring Breakers, qui en est bel et bien un. Est-ce pour ça que le film est tant détesté? C’est en effet un début de réponse. Car si le film s’adresse à la génération actuelle (donc la mienne, car pour rappel je n’ai que 21 ans) c’est pour lui montrer à quel point elle est laide, à quel point elle se repose uniquement sur des rêves superficiels (devenus une sorte de culture, il suffit d’allumer MTV ou NRJ12 et de voir les émissions de télé-réalités qui cartonnent pour s’en rendre compte), et à quel point elle peut apparaître insupportable quand elle est montrée sous son vrai jour, soit, dans le film, pendant le Spring Break, où « tout est permis ». Et désolé si mes propos paraissent un peu définitifs, mais prétendre le contraire ce serait faire preuve d’une immense mauvaise foi. »

    Eh bien là-dessus, on ne va pas être d’accord. Je peux admettre que l’on considère « Spring Breakers » comme une condamnation en règle de cette génération bordélique et autodestructrice, mais je pense qu’il s’agit avant tout d’une question de regard ou de point de vue. Ce qui me plait infiniment chez Korine (et ce depuis « Gummo »), c’est sa capacité à investir un territoire facilement polémique ou propice à la pire des caricatures, et de se lover dedans pour en ressortir un éventail de contradictions. Avec ce film, je dois dire que je m’attendais (et c’est un peu normal, vu la bande-annonce) à un gros délire Youporn gavé à n’en plus finir de nichons, de bikinis, de drogues et de violence trash. Or, le film est plus malin que ça : il passe sans cesse d’une tonalité à l’autre, si bien qu’après la première projo, le film continuait de me hanter et de me faire travailler.
    En tout cas, si le film évoque quelque chose à mon sens, c’est surtout une génération acide et perfusée à la culture pop-trash qui, désormais, trouve sa jouissance dans la fuite en avant. Ce que prouve d’ailleurs la fabuleuse scène finale du film, où deux des quatre filles iront jusqu’au bout de leur logique, disparaissant peu à peu dans l’obscurité vers un champ des possibles que Korine lui-même ne connait sans doute pas. En cela, le film perturbe et excite à la fois, et le mélange des deux rend le résultat tout bonnement sensationnel, mais en aucun cas, je n’arrive pas à considérer que Korine se livre à une analyse manichéenne du genre « ça c’est bien, ça c’est pas bien ». (pour plus d’arguments, consulter ma critique du film : http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/spring-breakers).

    Après, concernant les propos de Franco, ils sont évidemment intéressants et je le rejoins sur pas mal de points. Et je serais surtout hyper heureux qu’il chope un Oscar pour le rôle d’Alien… ;)

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